_______Depuis que tu m'as quitté, des ombres ont pris ta place. Au début, il me suffisait de souffler dessus pour les faire disparaître. Je pensais haut et fort que tu allais revenir. Puis tu n'es pas revenu, et les ombres se sont solidifiées dans la maison. Chaque jour, je les sentait s'épaissir un peu plus, mais je refusais d'y prêter trop attention. Tu vas revenir, et ces saloperies d'ombres retourneront d'où elles viennes, point barre! Ces ombres qui sillonent la maison, qui comme les lames se plantent dans les portes. Et dans le lavabo de salle de bains, et dans mon crâne. Je vais me coucher avec des lames perdues enfoncées dans le crâne. Elles font mal comme des coups de soleil sur les yeux. Elles diffusent deux produits très toxiques pour mon coeur troué : d'abord du vide visible et ensuite des souvenirs. Les deux cumulés, ça arrache la gueule. J'ai rangé mes souvenirs. Le vide et son orchestre de silence ce sont emparés de la maison. Je traîne un peu dans le couloir. Jsens les ombres d'toute la maison. Chaque recoin est habité. Je préfère encore me promener parmi ces fantômes qu'aller me coucher. Je te reverrai plus jamais. Mon corps refuse, ça cogne contre les parois. Je me prend l'ombre en pleine poire, ça serre la gorge un bon coup & j'repart le souffle court. Les ombres continuent leur travail de sape. Elles me piquent les yeux et me déversent des litres et des litres de souvenirs bien récents.
_______Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi - Mathias Malzieu